Pourquoi perd-on notre créativité en grandissant ?

Lors de mon dernier article sur la créativité, je mettais en relief le fait que tous les enfant sont des créatifs, des inventeurs, des travailleurs de l’imaginaire. Et que malheureusement, certains d’entre nous grandissons en perdant cette faculté de créer à partir de n’importe quelle situation. J’ai donc voulu réfléchir et trouver des causes, des faits qui expliquent que notre imaginaire se trouve bridé avec le temps.  Avec cet article, je vous livre le fruit de ma pensée, totalement subjectif, qui ne demande qu’à s’enrichir d’autres avis. Voici la liste des causes que j’ai pu établir :

L’éveil est réservé aux petits
Quand on veut parler de créativité, d’imagination, d’inventivité pour les enfants, on emploie souvent le terme d’éveil. Les enfants sont des touches à tout et c’est grâce à leur curiosité naturelle qu’ils acquièrent tous leurs apprentissages. En ce moment, on parle beaucoup des écoles Montessori dont c’est le crédo : laisser la curiosité naturelle des enfants guider leurs apprentissages. Mais une fois que l’enfant a acquis un certain nombres d’apprentissages (moteurs, langagiers, intellectuels), qui sont rigoureusement listés et vérifiés (par l’éducation nationale ou les médecins), on considère que l’enfant est éveillé. Il n’est plus en phase d’éveil. Quand on est grand, on arrête de jouer, la curiosité est un vilain défaut, on nous demande d’apprendre autrement. Comme si l’éveil était réservé à un âge compris entre 0 et 5 ans. Après on change brutalement de façon de faire, à l’école comme à la maison. Je pense que les travaux comme ceux de Montessori essayent de changer cette vision des choses. Le problème est que notre société et le système de travail actuel, ne peut pas s’accorder avec une tel philosophie. Alors on habitue les enfants, dès 6 ans à rentrer dans ce moule pour être sûr de correspondre à ce que la société attend d’eux quand ils seront grands.

Le système éducatif
Je ne parlerai pas des écoles privées, tout simplement parce que c’est un sujet que je ne maîtrise pas malgré ma curiosité. En revanche je connais bien les écoles publiques. Je pense que les collèges et lycées qui dépendent de l’éducation nationale ne permettent pas à l’enfant de révéler sa créativité. Heureusement, on trouve de plus en plus d’ateliers (photo, théâtre, écriture, musique, cinéma, art plastique…), qui tentent de contrebalancer cette tendance et permettent à des adolescents de s’exprimer à travers ces différents vecteurs. Ces matières sont appelées des options au lycée. Au collège, la musique et l’art plastique sont traitées comme les autres matières : avec sérieux et rigueur (la culture générale passe avant la libre expression). Je ne renie pas les efforts qui sont présents, qui sont là pour essayer des envies, des curiosités. Et ces professeurs qui mettent en place ces ateliers ont toute ma gratitude. Mais le reste des matières, le reste des apprentissages, le reste de la philosophie éducative s’emploie à étouffer la créativité (sans le vouloir évidemment), par des pédagogies rigides et anciennes. Il suffit de voir un adolescent suivre une heure de cours d’histoire, et le voir ensuite regarder une vidéo YouTube d’un jeune passionné d’histoire pour voir la différence entre les informations retenues.  La pédagogie a besoin d’un nouveau souffle, et beaucoup de YouTubeurs passionnés et généreux l’ont bien compris.

La dévalorisation des carrières artistiques
Un jour j’ai entendu une phrase qui m’a marquée à vie : “Les études d’art ont les écoles les plus chères pour les métiers les moins bien payés au monde, quand on arrive à trouver du travail.” Je me suis rendue compte à quel point c’était vrai. Et je pense que de nombreux aspirants étudiants en art ont entendu cela de leurs parents, qui s’inquiètent non seulement du coût de ces études, mais qui doutent aussi de leur utilité pour trouver du travail. Cette inquiétude s’est beaucoup répandue jusqu’à ce qu’il soit communément admis pour les jeunes apprenants que l’art ça ne faisait pas gagner d’argent, donc ce sont des carrières inutiles. Heureusement, des secteurs comme le web ou les jeux vidéos sont entrain de changer les choses et mettent en avant des carrières où la créativité est une obligation sur le CV. Les métiers de graphiste, webdesigner, directeur artistique, redorent le blason de ces carrières qui sont longtemps restées dévalorisées. Mais cette idée reste tout de même très répandue. Le marché du travail a longtemps  obligé les étudiants à rentrer dans un moule plus conventionnel pour signer un CDI rassurant.

La dimension égocentrée de l’artiste
Quand on crée, c’est un temps que l’on s’accorde à soi. Nous sommes centrés sur notre plaisir de créateur, et même au sein d’un groupe (pour la musique par exemple), nous créons avant tout parce que ça nous rend heureux. Oui, dans ces moments-là, nous sommes dans ne position égocentrée, et cela n’a rien de négatif, c’est au contraire très sain pour le mental et garder des relations aux autres sincères. Mais si les autres sont extérieurs à cette activité et ne’ont pas d’empathie pour ce sentiment de plaisir, ils peuvent avoir tendance à percevoir ce temps comme un temps  purement égoïste, dans lequel ces autres en comptent pas. Un temps qui n’est pas productif pour la communauté (“au lieu de dessiner, vient m’aider à étendre le linge”). C’est un souci que l’on rencontre dans tous les loisirs, qu’ils soient créatifs ou non. Parce que la créativité, lorsque l’ont devient adolescent, n’est alors plus un moyen de s’exprimer, elle est simplement perçue comme un loisir. Je trouve que l’on perd cette dimension importante d’expression de soi, d’interprétation du monde, cette richesse personnelle qui fait partie de la personnalité. Combien de personnes aujourd’hui sont incapables de passer du temps seuls avec eux-mêmes ? Livrés à leurs idées sans savoir comment les exprimer, générant de la frustration et l’envie de se retrouver à nouveau avec de la compagnie. Alors que s’ils prenaient la peine d’explorer ce champs de conscience créatif, ils pourraient passer des heures coupés du monde sans ressentir de la solitude. La créativité, c’est aussi une forme de liberté.

L’investissement financier
Le nerf de la guerre. Tous les parents ne peuvent pas payer un piano ou une guitare électrique à leurs enfants. Certains domaines artistiques requièrent un matériel de base qui représente un coût élevé pour les familles. Et pour l’enfant ou l’adolescent, difficile d’imposer  un désir qui empêchera toute la famille de partir en vacances. Mais là aussi, il y a des solutions. Les sites d’occasion, de prêt, de don. Les professionnels vous guideront vers des solutions adaptés à vos budgets. Mais qui sait si l’enfant ne va pas changer d’envie l’an prochain ? Est-ce que cet investissement lui sera profitable ou va-t-il gâcher sa chance ? Est-ce que c’est un caprice ou un vrai désir créatif ? Ce sont des questions difficiles quand le budget est serré. Je pense que l’important est de planter une graine. Peu importe si l’enfant abandonne ses leçons de piano au bout d’un an. Le piano sera toujours là. Comme une graine, plantée, attendant de germer. Peut-être qu’elle germera avec quelqu’un d’autre. Peut-être qu’il atterrira sur un site d’occasion, de prêt ou de don, pour une famille qui n’a pas le budget. Le créativité est elle aussi une énergie en circulation.

Evidemment cette réflexion m’a fait réfléchir à l’avenir, et j’espère que ma fille ne perdra pas sa créativité en grandissant. Peut-être que pour certains la créativité d’une personne n’a pas plus d’importance que ça, et je le respecte. Pour moi c’est une valeur importante dans mon système de valeurs, car elle participe à l’épanouissement personnel, la connaissance de soi et au bonheur.

 

 

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