#metoo

Je vous en ai parlé sur les réseaux sociaux, le vendredi 15 décembre, Marie, alias la youtubeuse Antitésie, a publié une vidéo dans laquelle elle lit et met en scène mon témoignage. Ce témoignage, je l’avais écrit dans le cadre du mouvement #metoo, pour dénoncer les agressions et le harcèlement sexuel en parlant de mon vécu. J’y raconte des anecdotes, je décris les agressions que j’ai vécues, sans fard, sans filtre.

Quel est le but de tout ça ?

Avant de réaliser sa vidéo, Marie n’est pas sûre d’elle. Elle me dit qu’elle espère que la vidéo me plaira, car elle sait que je suis une abonnée de sa chaîne, elle craint que j’ai des attentes. Mais je n’en ai pas. “Le but du processus n’est pas que ça me plaise, mais que ce soit impactant.” Le but de tout ça, des vidéos, du hashtag #metoo, des témoignages, c’est simplement de marquer les esprits. Parce que quand quelque chose crée une grande impression chez quelqu’un, cette personne va l’intégrer dans sa mémoire et son inconscient. Si mon témoignage parvient à marquer l’esprit des gens de cette façon, alors c’est gagné ! Ils vont se rappeler le fait que ces agressions existent, que des hommes sont capables de ça, que des femmes en sont victimes tous les jours. Et imperceptiblement, leur comportement va s’orienter en gardant cette pensée. Leur comportement, leurs actes, leurs prises de parole. Quand ils parleront des rapports entre les hommes et les femmes, ils voudront protéger, ne pas laisser un espace disponible pour ces agressions. Le plus souvent, c’est un processus inconscient, instinctif. Ces personnes, c’est vous, c’est moi. Et nous allons changer le monde.

Changer le monde, une utopie ?

Oui je suis sans doute utopiste. Mais j’y crois fermement. Nous allons changer le monde. Parce que nous voulons tous la même chose, un monde meilleur pour les générations à venir, nos enfants, ceux de nos proches, notre famille. Nous avons des désaccords sur le féminisme. Nous avons des désaccords sur le harcèlement et sa définition. Nous avons des désaccords sur les combats à mener. Mais nous avons un consensus quand il s’agit de construire l’avenir pour nos enfants. Si nous voulons les protéger de ces agressions, nous devons leur apprendre à aborder les relations entre les hommes et les femmes différemment. Ainsi que les relations entre les genres, les transgenres, les sans genre. Il ne s’agit pas d’éduquer les petits garçons à respecter les petites filles. Il s’agit de définir tous ensemble, quelque soit son genre, une nouvelle façon d’interagir les uns avec les autres, pour que les agressions n’aient plus leur place.

 

Et moi ?

Après avoir diffusé mon témoignage #metoo, ma petite sœur, également nommée Marie, m’a posé une question un peu bizarre : “Et toi, ça t’a fait ressentir quoi de l’entendre tel quel ?”

Rien à vrai dire. Parce que c’est mon histoire et que je la connais. Elle ne m’a pas perturbée, elle ne m’a pas détruite, elle ne m’a pas pourrie la vie. Je l’ai toujours intégrée, elle fait partie de ma personnalité. Je n’avais jamais pensé à me rebeller contre le cours de choses, je n’avais jamais remis en cause sa légitimité, je m’étais toujours dit que c’était une histoire normale, que toutes les femmes vivaient ça aussi. Jusqu’à il y a quelques années, quand je me suis intéressée au féminisme. Et même à ce moment-là, je n’imaginais pas qu’un jour j’écrirai mon histoire pour qu’elle soit lue par une youtubeuse, et que la vidéo ferait 1000 vues en 12 heures.

Et si ça n’avait pas été mon histoire ?

Et si ce témoignage venait de quelqu’un d’autre ? Malgré ce que j’ai vécu, je serais sans doute horrifiée, atterrée, désolée. Je serais choquée de voir que des agressions sexuelles puissent être subies et provoquées par des personnes si jeunes. Je serais révoltée qu’une jeune femme sois harcelée dans la sphère publique au point d’inventer des astuces pour se couper des autres délibérément. Je serais tout ça, dans un premier temps. Et ensuite je me rendrais compte que mon histoire est similaire, et qu’à l’intérieur de moi, je ne ressens pas tout ça pour ma propre histoire. Je ne suis pas horrifiée, atterrée, désolée, choquée ou révoltée par ce que j’ai vécu. Je n’en souffre pas aujourd’hui. Je n’en ai pas beaucoup souffert d’une manière générale. Moins que le harcèlement scolaire (mon témoignage ici).

Je me dis que sans doute d’autres femmes sont comme moi par rapport à leur propre histoire, elles ne ressentent pas de révolte. Je me dis que ça peut créer un cercle vicieux, que si on ne dénonce pas, on accepte, et on transmet, on apprend ce mutisme à nos enfants. C’est aussi pour ça qu’il est important de parler, montrer que ce n’est pas normal, dire que personne ne devrait subir ces agressions. Comme je le disais, nous changerons le monde tous ensemble. Pas seulement les hommes dans leur coin. Pas seulement les femmes dans leur coin. Tous ensemble.

C’est à vous de parler maintenant, #metoo c’est aussi vous. Je sais, c’est plus facile à dire qu’à faire. La chaîne YouTube Elles aussi cherche des témoignages à lire en vidéo, vous pouvez rester anonyme si vous le souhaitez. Votre témoignage, votre vécu, vos mots sont importants. Pour marquer les esprits. Pour éduquer les comportements. Pour changer le monde.

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