[Livre] Yeruldelgger

À force de lire des polars, je deviens de plus en plus exigeante, et j’ai bien cru tomber sur un énième récit sans saveur en essayant de prononcer le titre Yeruldelgger. L’année dernière mes attentes étaient si élevées que les romans me révulsaient les uns après les autres, par leur style médiocre, leurs histoires convenues, leur manque d’humilité dans la narration. Mais quand on est bloqué dans son canapé et qu’on ne même plus sortir en librairie, on se met un peu tout et n’importe quoi sous la dent. J’ai donc remis le nez dans ma bibliothèque à la recherche des quelques livres que j’avais mis de côté parce que je sentais le navet arriver à plein nez. Et il se trouve que j’ai eu une surprise ! Je suis tombée, peut-être pas non plus sur une pépite, mais sur un polar original et très divertissant. Laissez-moi vous raconter mon escapade mongole avec Ian Manook…

L’histoire

Mongolie, de nos jours. L’inspecteur Yeruldelgger (oui ce nom me demande aussi des efforts de lecture) découvre le squelette d’une fillette enterré dans les steppes. Le même jour, des ressortissants chinois sont retrouvés à Oulan-Bator, morts et émasculés dans une macabre mise en scène nazie. Aidé par Oyun, sa jeune adjointe au caractère d’acier, et la légiste Solongo avec qui il partage une liaison, Yeruldelgger essaye de reconstituer ces 2 crimes sans sens ni lien apparent. Ces enquêtes l’amèneront pourtant à replonger dans un passé douloureux, et à s’interroger sur le développement économique et politique de son pays.

yeruldelgger

Un polar classique

Côté narration, pas vraiment de surprise. L’auteur parvient à démêler ce paquet de nœud de façon logique, en suivant tour à tour les enquêtes de Yeruldelgger et d’Oyun, ou les conclusions scientifiques de Solongo. Le style est épuré mais efficace, et les personnages sont assez familiers sans pour autant tomber dans les avatars clichés du genre.

On notera tout de même que Yeruldelgger fait la part belle aux personnages féminins, qu’ils soient principaux ou secondaires. L’auteur dresse une belle galerie de portraits de femmes, ce qui évidemment me touche beaucoup en tant que lectrice. On peut tour à tour s’identifier à une myriade de personnages forts et tous différents.

Pas de chichis, pas de gnangnan, pas de pathos exagéré, l’intrigue avance de façon efficace et le lecteur ne s’ennuie pas. Alors elle est où l’originalité ?

Un livre qui fait voyager

J’ai toujours rêvé d’explorer la Mongolie, galoper dans les steppes et faire étape dans une yourte. Mais à part ces images plutôt répandues, je ne connaissais rien d’autre. Ian Manook est passionné de voyage et ses livres sont avant toute chose des prétextes à faire découvrir à ses lecteurs de lointaines contrées. Yeruldelgger nous emmène à la rencontre de la Mongolie, son histoire, ses paysages, sa culture, ses traditions, et même ses recettes de cuisine ! Le lecteur se transforme en touriste et visite les steppes au contact des nomades, goûte aux habitudes locales et apprend à entrer du pied droit dans une yourte.

L’auteur arrive également à nouer une intrigue autour de la modernisation de la capitale, Oulan-Bator, pour mieux illustrer la perte progressive des traditions par les jeunes générations, et avec elles tout un pan de la culture et de la civilisation des mongoles nomades. Une éternelle querelle des anciens contre les modernes qui nous questionne sur notre rapport aux croyances, aux valeurs, et à la superficialité du monde moderne.

Si comme moi vous n’avez pas les moyens de vous payer le voyage vers la Mongolie, lisez !

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