[Livre] Le nom de la rose

Il y a des livres énigmatiques dont l’aura particulière laissera indubitablement une marque sur son lecteur. Et le lecteur le sent, rien qu’en regardant sa couverture, que ce livre est différent. C’est comme si ce livre devait se mériter, que pour être capable de le lire et de l’apprécier, il fallait posséder en soi des dispositions spirituelles, une logique toute mathématique, ainsi qu’une culture élargie, afin de pouvoir espérer le décoder dans un sentiment d’humble apprentissage. C’est ce qui m’est arrivé avec Le Nom de la Rose. Mais c’est aussi l’histoire qui arrive aux héros de ce roman complexe, confrontés à un imbroglio de moines, de meurtres, et de livres.

Livre de 1982

L’histoire du Nom de la Rose

Adso, le narrateur, est un jeune moine en mission avec son maître, Guillaume de Baskerville, pour assister à une confrérie de religieux dont l’issue pourrait décider du sort de la chrétienté. En arrivant à l’abbaye italienne où cette réunion se tiendra, les héros découvrent que ce lieu est le théâtre d’histoires sombres et lubriques, peut-être même démoniaques. L’Abbé confie alors à Guillaume, connu pour la logique de ses maîtres saxons, une deuxième mission : élucider la mort d’un jeune copiste, et démêler ces sordides affaires avant l’arrivée des congrégations en conflit. Le raisonnement de Guillaume sera mis à rude épreuve, les meurtres se succédant, et les réponses semblent se trouver dans l’énigmatique bibliothèque de l’abbaye.

Roman caméléon

Le nom de la rose, c’est un roman multigenre avant-gardiste. On y trouve une enquête aux airs de polars, une fresque historique de la chrétienté au XIVe siècle, ainsi que de nombreux dialogues philosophiques autour de la théologie et de la société de cette époque. Pour ces deux derniers thèmes, le roman pourra paraître obscur et fastidieux à ceux qui manquent de connaissances historiques et de culture général, comme ça a été mon cas. Mais si l’on s’accroche, l’ordre franciscain, l’ordre bénédictin, les fraticelles, toutes ces notions n’auront plus de secrets pour le lecteur ! Car le narrateur Adso se met à notre niveau de compréhension, et c’est par ses questionnements et ses réflexions que le lecteur pourra s’enrichir de toutes ces distinctions. Distinctions importantes car issues de valeurs morales : le partage des connaissances, la hiérarchie de la société, la place de la femme, l’apport des sciences, le scepticisme, la richesse et la crédibilité des institutions.

Roman intemporel

Car au fond, ces querelles religieuses sont le prétexte pour parler de sujets qui sont tout autant problématiques dans notre société actuelle. La religion a simplement laissé place à la politique, mais les questions sont toujours les mêmes : comment gérer les individus ? Le savoir, même le plus dangereux, doit-il être accessible à tous ? S’il y a une limite, où se situe-t-elle ?

C’est avec ces questions philosophiques en trame de fond que Le Nom de la Rose nous sert un livre aussi divertissant qu’instructif. Le lecteur, suivant les traces d’Adso, apprend à élaborer un raisonnement, des hypothèses, douter, prouver, argumenter, réfléchir, démontrer. Guillaume de Baskerville, véritable maître à penser, aborde différents courants de philosophie pour étayer ses théories, comme autant d’outils pour apprendre les lois de la rhétorique. Le tout est épicé avec un soupçon d’humour tantôt fin, tantôt gras, parfois aussi simple qu’efficace, en fonction des nombreux personnages qui animent le roman.

Il ne me reste plus qu’à regarder le film dont le casting promet un bon moment !


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*