Je ne veux plus mentir

La cartomancie m’a toujours paru si naturelle que je n’ai jamais menti qu’une seule fois aux gens qui me consultent. C’était au lycée, en terminale. J’ai dit à une élève angoissée qu’elle aurait son bac alors que les cartes me disaient le contraire. Elle ne l’a pas eu. Depuis ce temps, je n’ai jamais plus détourné le message des cartes. Mais avant de consacrer ma vie professionnelle à la cartomancie et aux énergies, je faisais un travail totalement différent. Un boulot qui me semble désormais à l’opposé de mes convictions, j’étais assistante salariée dans une toute petite entreprise. Et savoir mentir, dans mon travail, c’était une grande qualité.

Pourtant en commençant ce métier, j’y avais mis toute ma motivation et mon empathie, je voulais aider les gens, accompagner mes clients le plus loin possible, être un soutien pour eux. Et j’ai eu la chance de tomber sur une entreprise avec des patrons honnêtes, conciliants, à l’écoute de leurs clients, sensibles eux-mêmes aux cartes et aux énergies (nous avions même des pierres de protection dans les locaux, ils me demandaient des tirages régulièrement).

Et puis j’ai découvert petit à petit la réalité du métier. J’ai rencontré des clients racistes, homophobes, et désagréables. J’ai vu mes patrons obligés de se plier à leurs volontés s’ils voulaient manger à la fin du mois, parce que le secteur est en crise. J’ai vu des clients tricher, faire des faux, pour traiter avec nous, et je les comprends.

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J’aimais le rapport avec mes clients, j’aimais cette entreprise, et je pensais pouvoir faire bouger les choses. Je l’ai fait en un sens. Mais souvent, pour baisser les tensions entre les clients et rester dans le cadre de la loi, s’assurer de ne pas avoir de retombées quelles qu’elles soient, il m’a fallu mentir. C’était pour leur bien, pour le bien de l’entreprise. Je ne pouvais pas toujours dire la vérité, j’ai donc appris à mentir. Et j’ai découvert que j’étais douée pour ça.

En relation client, je suis comme dans mes autres relations : naturelle, souriante et empathique. La plupart du temps, les gens ne se doutaient pas que je mentais. D’autres étaient plus malins, décelaient le double jeu et je recevais de temps en temps des appels téléphoniques à base d’insultes anonymes. Retour de karma. C’était mérité. Je préférais en rire.

Mais derrière ce rire, je savais bien que ce que je faisais était contraire à mes principes. Alors bien sûr, dans le cadre du travail c’est très courant de mentir. Je voulais garder mon poste. Je ne voulais pas me mettre en conflit avec ma hiérarchie parce que c’est quand même elle qui valide mes congés. Je voulais entretenir cette bonne entente avec mes clients.

Et puis les motifs de mensonge se sont multipliés. Mes patrons me demandaient régulièrement de le faire pour eux, parce que je le faisais bien. Quelques fois je m’en vantais, ils étaient assez exigeants et j’avais cette qualité qui leur rendait service. Mais souvent je leur disais : « je le fais mais je déteste mentir ». Mais je le faisais quand même, de mon plein gré. Et puis j’ai menti pour des motifs personnels également, pour justifier un retard, un oubli de rendez-vous. Je mentais de ma propre initiative à des fins égoïstes.

C’est le reiki qui a tout bouleversé. J’ai découvert le reiki et ses 5 préceptes. L’un deux est formulé de cette façon : « Juste pour aujourd’hui, je vis ma vie honnêtement ». Je pensais que c’était le précepte le plus simple à respecter parce qu’il suffisait de suivre les lois et c’est que je faisais, je ne me considérais pas du tout comme malhonnête. Je l’avais complètement compris de travers. Vivre honnêtement, c’est aussi vivre sans masque auprès des autres, ne pas s’adapter aux personnes face à soi mais leur porter un regard ouvert et bienveillant tout en disant ce qu’on à dire. C’est aussi être en phase avec soi-même, être pleinement soi, s’assumer tel que l’on est. Vivre honnêtement, c’est ne jamais mentir aux autres, ou se mentir à soi-même. Je me suis rendue compte que ce n’était pas du tout mon cas, principalement dans le cadre de mon métier, mais aussi quelques fois dans ma vie personnelle.

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Et comme les choses sont bien faites, depuis ce moment, il y a eu une vraie cassure dans mon travail. Et la vie a fait en sorte que je m’en détache en douceur. Aujourd’hui quand les gens, mes anciens clients, me demandent pourquoi j’ai quitté mon travail, je leur réponds : « Parce que j’ai décidé d’être honnête avec moi-même, ce n’était plus pour moi. »

À qui ai-je le plus menti pendant toutes ces années ? À moi-même, évidemment. Je m’en veux aussi d’avoir menti à tous ces gens. Je suis persuadée que quelque soit son travail, on peut l’exercer honnêtement, à condition que ce soit également la philosophie de l’entreprise et des personnes qui nous emploient.

Depuis que je ne mens plus, j’ai gagné du temps. Plus besoin de me souvenir à qui j’ai menti, pourquoi, et quel mensonge j’ai inventé. Depuis que je ne mens plus, je n’ai plus ce petit pincement dans le cœur à l’heure du coucher parce que j’ai trahi mes principes dans la journée. Depuis que je ne mens plus, mes relations aux autres sont plus sereines, plus riches, même si je m’éloigne de certains amis. C’est ainsi. Depuis que je ne mens plus, j’aime plus sincèrement les autres. Depuis que je ne mens plus, je m’aime un peu plus.

C’est dommage de se rendre compte si tard que le mensonge n’apporte que du négatif. Il y certainement des cas où mentir apporte des bonnes choses, mais je ne trouve pas d’exemple sans équivoque. Il y a toujours une part d’éthique. Maintenant je vais tâcher de donner l’exemple, pour pouvoir dire à ma fille, sans mauvaise foi, que ce n’est pas bien de mentir.

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