Accepter ses limites

Je pensais qu’en étant dans le bonheur de l’instant présent, dans la bienveillance, dans la communication avec l’autre, et tout cela en toute circonstance, je pouvais être sans limites. Honnête envers moi-même, toujours de bonne humeur, rester à l’écart du jugement, prôner l’empathie, la patience. Je répugnais la colère, la mauvaise foi et l’emportement qui étaient selon moi des émotions inutiles et anti-constructives. Et puis voilà qu’un bébé de 3 mois est venu balayer tous mes principes pour m’apprendre une bonne leçon.

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Depuis quelques semaines je ne me reconnais plus, je m’emporte facilement, je râle (tous les jours), je juge les autres, je fais des reproches, je n’ai aucune patience avec mes chats, j’envoie balader mon conjoint qui subit mes sautes d’humeur. Je vais même jusqu’à rêver pendant mes quelques heures de sommeil que je me dispute avec mes proches. Bref, j’ai pété un boulon, sans m’en rendre compte. Je pensais arriver à gérer bébé parfaitement, que je pouvais assumer chaque jour après l’autre puisque je suis à la maison, et faire tout cela seule si besoin. Je pensais même que tout ce qu’on m’avait dit sur la fatigue d’être parent, c’était exagéré si on était un peu organisé.

J’étais complètement à côté de la plaque. La fatigue s’est installée insidieusement, petit à petit. Mon mental a commencé à se mettre la pression, pour rester une maman au top, et gommer complètement tous les symptômes du besoin de repos.
« C’est pas grave, je peux le supporter. »
« Je me reposerai plus tard. »
« Ses sourires valent bien quelques heures de sommeil en moins. »

Jusqu’au jour où mon conjoint m’a retrouvée un soir dans le lit, pleurant à chaudes larmes, avec un bébé dans les bras qui n’était pas du tout fatigué et ne voulait pas boire son biberon. Là j’ai compris qu’il y avait un problème, que j’avais besoin de dormir, de faire une pause, de ne plus être simplement une machine à satisfaire les besoins de bébé, d’être moi, moi toute seule. J’avais réussi à assurer et me donner à fond tous les jours pour être la meilleure des mamans, mais c’est intenable sur la durée. Je suis une bonne sprinteuse, mais une très mauvaise marathonienne.

Il faut bien comprendre que lorsque je parle de fatigue, je parle en fait de fatigue physique mais aussi de fatigue mentale et de fatigue émotionnelle. C’est lorsque l’on atteint ces points de tension qu’on touche à ses propres limites.

Il y a des cas où on ne peut pas être au top. Il y a des moments où le cerveau a besoin de se relâcher et d’être égoïste. Et forcément, quand on joue avec ses limites, on a tendance à balayer ses principes. Et ce n’est pas grave. Mais c’est décevant, parce qu’on avait placé la barre plus haut et qu’on se pensait capable de mieux que ça. Il faut savoir accepter ses faiblesses, pour faire avec et les pallier le mieux possible.

Je vais donc essayer de mettre en mot des règles pour vivre avec mes limites, et rester la meilleure version de moi-même. C’est surtout éducatif pour moi, mais si ça peut être utile à d’autres, servez-vous !

1. Identifier les mauvaises attitudes

Quand je suis à bout, quand je suis énervée, agacée, j’ai tendance à tout rejeter sur les autres. Il suffit d’un verre sale qui traîne, d’une touffe de poils de chats, le banquier qui ne me répond pas, et je m’emporte. Je ne reporte jamais la faute sur bébé, mais c’est elle qui subit en silence mes humeurs, et évidemment ce n’est pas bon pour elle, de m’entendre râler à propos des personnes qui font partie ou non de son quotidien. Naturellement, on peut avoir tendance à reprocher des choses aux autres, surtout quand ils sont absents et ne peuvent s’exprimer sur le sujet. Je parle de ma réaction, mais elle peut être complètement différente d’une personne à l’autre. Certaines vont boire de l’alcool ou fumer, s’isoler, se plonger dans un mutisme, se sentir tristes et seuls. Dans tous les cas, mon attitude n’est pas positive, ni créative, ni même rationnelle. Donc autant essayer de la limiter. Tant pis pour la vaisselle, le ménage ou la paperasse, tout cela peut bien attendre.

2. Écouter les alertes

Ces signes viennent de l’extérieur, on ne peut pas les manquer ! Et pourtant on fait tout pour se voiler la face et ne pas les écouter. « Tu as l’air fatigué », « je te trouve ailleurs », « ça fait des semaines qu’on ne se voit plus ». On trouve toujours des excuses, ou alors on nie, « j’ai mal dormi », « non non je suis là ! », « je n’ai pas le temps mais on s’organise ça bientôt ». On fuit, on évite, on ne veut pas entendre la vérité que nous reflètent les autres. Et puis il y a évidemment les symptômes physiques, qu’on pense sans gravité, parce que ça finit par passer. Depuis la naissance de bébé j’ai régulièrement des vertiges quand je me relève, quand elle me réveille en pleine nuit j’ai la tête qui tourne alors que je suis encore allongée les yeux fermés, parfois je suis à bout de force et incapable de la soulever. Quand je me lis, je me dis que c’est grave de ne pas écouter ces signes-là. Pour d’autres personnes, la fatigue va s’exprimer différemment, avec des boutons, de la fièvre, des nausées… Le corps trouve toujours un moyen de faire passer le message, mais si on ne l’écoute pas, tout cela ne fera qu’empirer.

3. Sentir la limite

En faisant le point au moment du coucher sur la journée écoulée, je peux voir si j’ai su rester patiente et bienveillante, ou si au contraire, je me suis sentie énervée pour des bêtises. Je peux voir si j’ai succombé à une mauvaise attitude ou si j’ai eu une réaction disproportionnée par rapport à quelque chose sans gravité. Si c’est le cas, c’est un symptôme de fatigue (physique, mentale ou émotionnelle, ou les 3 combinées et c’est le jackpot).Il faut être assez objectif pour faire la part des choses entre celles qui méritent qu’on s’y attarde et celles sans importance. Le but est de reconnaître le moment où j’ai franchi ma limite. À tel moment j’aurais dû faire une sieste, à tel autre j’aurais pu prendre du temps pour moi, j’ai passé trop de temps sur cette tâche qui ne m’apporte rien. Je me suis sentie fatiguée à tel moment, je me suis énervée à propos de tel sujet, j’ai été un peu trop expéditive avec telle personne. Mais il faut aussi reconnaître que parfois on a pas forcément le choix de faire les choses différemment. Il faut bien que les choses avancent, qu’on soit à la maison ou au travail, évidemment on ne peut pas s’accorder des pauses trop souvent. Mais reconnaître sa limite permet de mieux gérer le moment où on s’en approche. En identifiant ces moments, on peut mieux s’y préparer, sur le court comme sur le long terme.

4. Communiquer et demander de l’aide

Avec nos collègues, avec notre famille, avec nos amis. Il y a forcément un interlocuteur qui sera bienveillant et apte à nous rendre service. Une fois la limite identifiée, si on ne peut pas remédier à notre rythme de vie, d’autres personnes pourront prendre le relais ou nous assister. Mais comme beaucoup de personnes, je n’aime pas demander de l’aide. Je n’aime pas dire « je ne vais pas bien ». Je n’aime pas non plus être redevable de quelqu’un. Pourtant, être dans le sens inverse et rendre service à quelqu’un ne me gêne absolument pas, et je n’attends rien en retour, comme beaucoup de personnes également. Alors si on arrêtait de se prendre la tête avec l’égo ? On a le droit de ne pas aller toujours bien, et c’est même important d’en parler. Les autres ne pourront pas comprendre nos comportements « bizarres » si on ne leur explique pas ce qu’il ne va pas. Parfois, sans s’imposer, nos proches proposeront des solutions auxquelles on avait même pas pensé. La parole libère, quand on parle de ses soucis, c’est qu’on a accepté qu’ils faisaient partie de notre vie et que nous ne pouvons rester comme ça. On se distancie, on partage, on sort ce qu’il y a à sortir de soi.

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5. Trouver des solutions sur le long terme

On a cassé nos mauvaises habitudes, on a identifié nos limites, on a parlé de nos soucis, maintenant il faut sortir la tête de l’eau, et pour de bon. Il ne s’agit de prendre une bouffée d’air et de replonger jusqu’à la prochaine. Le but est de pouvoir retrouver notre top niveau sur la durée. Alors comment fait-on ? Pour cela, nous devons identifier les causes de « pourquoi j’ai franchi ma limite ». Manque de temps ? Manque de repos ? Manque de solitude ? Manque d’entourage ? Trop de stress ? Trop de sollicitations ? Trop de pression ? Il y a forcément quelque chose qui nous a manqué ou qui nous a gavé à un moment donné et nous avons essayé de faire avec et de tenir. Sans succès. Pour ma part, le manque de repos et de temps pour soi est assez évident. Trouver des solutions sur le long terme n’est pas forcément facile. Mais il faut garder à l’esprit qu’en jouant avec nos limites, nous jouons aussi avec notre santé, et qu’il y a peu de choses qui sont aussi importantes dans la vie que notre santé. Pour ma part, je pense que mieux m’organiser est le début d’une solution sur le long terme. Quand on a identifié les limites à ne pas franchir, on s’organise en fonction, on fait avec. Je vais me prévoir plus de temps de repos, de siestes avec bébé. Demander de l’aide dans les moments où je tire trop sur la corde, pour faire garder bébé ne serait-ce qu’une journée. Et accepter que je ne suis pas une maman parfaite.

Nous ne sommes pas parfaits. Nous sommes faillibles. Nous devons prendre soin de nous, des uns et des autres. Si vous avez d’autres idées, échangez -les !

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